Les Exercices spirituels de Carême du Pape et de la Curie romaine ont débuté dimanche soir dans la chapelle Pauline du Palais apostolique. Prêchée par Mgr Erik Varden, évêque de Trondheim et Président de la Conférence épiscopale scandinave, la retraite se déroule jusqu’au 27 février dans un climat de silence et de recueillement.
Pour ces deux premières méditations, le prélat norvégien a articulé son enseignement autour d’un double axe : l’appel au dépouillement propre au Carême et la figure spirituelle de Saint Bernard de Clairvaux, dont il a proposé une lecture à la fois historique et existentielle.

Dès l’ouverture, Mgr Varden a invité ses auditeurs à entrer « matériellement et symboliquement » dans un espace libéré du superflu. Le Carême, a-t-il rappelé, ne relève pas d’une simple discipline ascétique, mais d’un recentrement sur l’essentiel : créer les conditions d’une écoute plus fine de Dieu. Cette mise à distance des distractions, même légitimes, constitue une pédagogie de la liberté intérieure.
Dans un contexte ecclésial et culturel marqué par des tensions croissantes, le prédicateur a insisté sur la paix comme critère d’authenticité chrétienne, laquelle l’Évangile distingue de toute tranquillité superficielle. Il a mis en garde contre l’instrumentalisation du langage chrétien dans les affrontements idéologiques contemporains, appelant à une vigilance spirituelle qui ne cède ni à la colère ni à la crispation. Citant Jean Climaque, il a rappelé que « la colère est le plus grand obstacle à la présence de l’Esprit en nous ».
La seconde méditation s’est concentrée sur la personnalité de saint Bernard, acteur décisif du renouveau cistercien au XIIe siècle. S’il n’en fut pas le fondateur, son entrée en 1113 au monastère de Abbaye de Cîteaux, fondé en 1098 comme novum monasterium, marqua un tournant. Le projet cistercien, a souligné Mgr Varden, ne naquit pas d’une réaction polémique, mais d’un désir positif de vivre l’Évangile avec radicalité et simplicité. Cette tension entre fidélité à la tradition bénédictine et audace réformatrice fut l’un des ressorts de son dynamisme.
Bernard apparaît comme une personnalité ardente, parfois tranchante dans ses prises de position, mais étrangère à toute duplicité. Son assurance pouvait le conduire à des engagements fermes lorsque l’unité de l’Église lui semblait en jeu. Pourtant, a noté le prédicateur, cette force de caractère s’enracinait dans une authentique humilité. Les épreuves, les oppositions et les blessures ont progressivement façonné en lui une conscience plus aiguë de ses limites, l’ouvrant à une contemplation émerveillée de la justice miséricordieuse de Dieu.
En évoquant les dix-sept sermons prononcés par l’Abbé de Clairvaux au Carême 1139 sur le psaume 90 (Qui habitat), traditionnellement chanté au premier dimanche de Carême, Mgr Varden a mis en lumière une spiritualité du combat sans agitation. L’enjeu n’est pas d’esquiver la lutte contre le mal, mais de la mener sans perdre la paix, dans la certitude que l’histoire personnelle comme ecclésiale repose ultimement « sous les bras éternels ».
À travers ces deux premières conférences, la retraite pontificale s’est ainsi ouverte sur une ligne claire : revenir à l’essentiel, purifier le regard, et apprendre, à l’école de saint Bernard, que la radicalité chrétienne trouve son accomplissement dans la miséricorde et la paix.
Agence DIACENCO
Source: Vatican
