Après quatre jours d’échanges intenses, l’atelier régional ded Noyaux de paix de la Commission de la Dynamique des femmes, organisé par l’Association des Conférences Episcopales de l’Afrique Centrale (ACEAC), a pris fin ce 19 novembre 2025 à Goma. De ses préparatifs du 16 à son ouverture officielle du 18 au 19 novembre, ce cadre de réflexion a réuni une vingtaine de déléguées venues des diocèses de Bukavu, Cyangugu, Nyundo et Goma, dans l’objectif d’évaluer la mise en œuvre et l’impact des « noyaux de paix » implantés depuis une année dans ces différentes entités ecclésiales.
Une initiative pastorale voulue par les évêques de l’ACEAC.
Dans son allocution de clôture, le Révérend Abbé Valens Niragire, Secrétaire de la Commission Justice et Paix de l’ACEAC, est revenu sur la genèse et la portée de cette initiative. Selon lui, les noyaux de paix s’inscrivent dans un plan pastoral global porté par les évêques de la sous-région, soucieux de doter les communautés locales d’outils concrets de cohésion et de résolution des conflits.
« C’est le plan global lancé par les évêques de l’ACEAC pour organiser cette structure. Ces évêques cherchent des voies et moyens pour permettre aux communautés de vivre ensemble. On croit que les femmes ont une force pour la paix », a-t-il déclaré.
Le prêtre rappelle que ces noyaux reposent sur l’implication active des femmes, considérées comme des piliers naturels de la réconciliation communautaire. Un an après leur implantation, leur engagement s’est révélé déterminant dans cette société :
« Depuis une année, elles ont participé avec zèle à la matérialisation et au dynamisme dans la quête de résolution des différends au sein des communautés », poursuit-il.
Des fruits visibles dans la consolidation de la paix.
Au fil des interventions, les participantes ont mis en avant les avancées significatives observées dans les localités où les noyaux de paix sont actifs. Pour le Révérend Abbé Valens Niragire, l’impact est bien réel :
« Il faut voir comment les femmes qui ne se connaissaient pas arrivent à se découvrir et, à la fin, concluent qu’elles sont une famille, un noyau, comme une graine qu’on jette en terre, qui pousse et produit des fruits. Nous croyons que ces noyaux, jetés dans la région des Grands Lacs, produiront encore plus de fruits. »
Cette dynamique, selon lui, constitue un signal d’espoir pour toute la région, marquée depuis des décennies par des crises, des déplacements forcés et des tensions intercommunautaires.

Des défis persistants, mais une détermination intacte
Cependant, l’atelier n’a pas occulté les difficultés rencontrées durant la première année de mise en œuvre. Des obstacles logistiques, sécuritaires ou liés à la mobilité des femmes persistent. Malgré cela, les responsables de la Commission Justice et Paix ont annoncé que la prochaine phase consistera en un suivi systématique, mené conjointement avec des partenaires tels que CAFOD, afin d’assurer un accompagnement durable des noyaux.
Les évêques de l’ACEAC, comme l’a réitéré Monseigneur Willy NGUMBI Ngengele, Évêque de Goma en clôturant, ont également réaffirmé leur disponibilité pour accompagner toutes les initiatives de paix portées par cette structure interdiocésaine.
Une Commission déjà visible au-delà de la zone de Bukavu
La Commission Interdiocésaine Justice et Paix, qui réunit les commissions diocésaines de la province ecclésiastique de Bukavu, étend désormais son influence bien au-delà de son périmètre initial. Ses actions dans la promotion de la paix commencent à rayonner dans l’ensemble de la région des Grands Lacs. Elle touche du plus petit détail au plus grand, se manifestant comme ‘’active » dans la région.
L’engagement remarquable des femmes : point de vue des responsables
De son côté, Madame Inès Pyeka, Point Focal de la Dynamique des femmes – Noyaux de paix pour la région des Grands Lacs, a salué la détermination exceptionnelle des participantes. Pour elle, les femmes ont prouvé qu’elles sont non seulement matrices de la vie, mais aussi véritables actrices de paix :
« La mission reposait sur la mise en place des noyaux de paix ; ce qui a réussi avec les femmes, matrices de la vie. Ce qu’elles ont fait nous rassure qu’il y a déjà des fruits positifs », explique-t-elle.
Elle souligne que malgré les effets persistants de la guerre injustement imposée dans la région, les déléguées n’ont jamais relâché leurs efforts :
« Les femmes se sont rencontrées les unes les autres, venant de Nyundo, Cyangugu et d’ailleurs, pour bannir la barrière de la haine et montrer que nous sommes tous enfants de Dieu. À travers leur regard d’amour, elles ont pu rapprocher des communautés. Elles ont décidé d’apporter ce message de cohésion au-delà de nos frontières. »
Un témoignage poignant venu du Rwanda
Madame Céline Usanase Havugwintore, participante du diocèse de Nyundo au Rwanda, a rappelé l’importance de promouvoir la paix à partir de l’éducation familiale. Forte de son vécu marquant lors du génocide de 1994 dans son pays, elle a expliqué ce qui motive son engagement dans cette lutte:
« Avec ce que j’ai vécu, je n’aimerais pas qu’une autre personne vive cette même histoire horrible. Tout peut réussir à partir de l’éducation que nous donnons à nos enfants. Je vois les personnes comme un bouquet de fleurs : plus il est varié, plus il est beau. Ensemble, on fait mieux. »
Pour elle, la diversité culturelle n’est pas une menace, mais une richesse essentielle pour construire une société harmonieuse.
Une initiative inclusive, réunissant diverses confessions religieuses
Les noyaux de paix regroupent des femmes de plusieurs confessions, y compris des femmes musulmanes. Certaines d’entre, ayant pris part à cette évaluation, ont exprimé leur satisfaction et ont salué l’initiative des évêques de l’ACEAC, estimant que l’inclusion sociale constitue un pilier incontournable de la résolution des conflits dans la région.


Un programme en expansion dans la région
L’atelier de Goma s’inscrit dans une série d’évaluations prévues dans les différents pays membres de l’ACEAC. La prochaine rencontre réunira les membres de la Commission Noyaux Justice et Paix de Bujumbura, afin de poursuivre ce travail de consolidation de la paix à l’échelle sous-régionale.
Source : J-Rostand VUSANGI M, Correspondant DIA CENCO depuis Goma.
