Trente ans jour pour jour après l’assassinat de trois missionnaires italiens dans la paroisse de Buyengero, au sud-ouest du Burundi, une messe commémorative a été célébrée pour honorer leur mémoire et raviver l’engagement en faveur de la paix et de la réconciliation. La cérémonie, présidée par Mgr Salvator Niciteretse, évêque du diocèse de Bururi, a rassemblé de nombreux fidèles, des membres du clergé local ainsi qu’une délégation de la Congrégation xavérienne à laquelle appartenaient les victimes.
Les pères Ottorino Maule et Aldo Macchiore, ainsi que la laïque consacrée Catina Gubert, tous missionnaires xavériens italiens, avaient été assassinés le 30 septembre 1995 alors qu’ils exerçaient leur apostolat à Buyengero. Leur meurtre s’était produit dans un climat de profonde instabilité, deux ans après l’assassinat du président Melchior Ndadaye, qui avait plongé le Burundi dans une spirale de violences interethniques meurtrières.
Dans son homélie, Mgr Salvator Niciteretse a rappelé que la vie humaine est un don sacré de Dieu, que nul n’a le droit de bafouer. Il a exhorté les fidèles à croire en Jésus-Christ, source de paix véritable, fruit de la réconciliation, du respect de la vie, de la justice et de la vérité. Citant le Psaume 130 : « Si tu retiens les fautes, Seigneur, Seigneur, qui subsistera ? », l’évêque a insisté sur la nécessité du pardon comme fondement d’une paix durable. Il a également évoqué le proverbe kirundi Intibagira ntibana, qui signifie : « Celui qui n’oublie pas ne peut vivre avec les autres », pour souligner que la cohabitation harmonieuse ne peut exister sans un véritable effort de réconciliation.
La messe a également été marquée par des témoignages émouvants de ceux qui avaient connu les missionnaires. Léonidas Niyonzima, catéchiste à la paroisse de Buyengero, a décrit les trois religieux comme des figures d’amour et de dévouement. Il a rappelé qu’ils avaient refusé de fuir malgré les avertissements, choisissant de rester auprès de la population en danger. « Ils ont imité Jésus, le Bon Pasteur. Ils ont accepté de mourir pour nous et au milieu de nous », a-t-il déclaré, demandant que la graine de la Parole de Dieu semée par ces missionnaires porte des fruits de paix, de justice et d’amour.
Le père Turco Faustin, postulateur de la cause des saints au sein de la Congrégation xavérienne, a quant à lui expliqué le choix symbolique de placer les tombes des trois missionnaires à côté du clocher de l’église de Buyengero. Selon lui, ce geste vise à faire de leur mémoire un rappel permanent, tel le son de la cloche, appelant les croyants à être des bâtisseurs de paix dans leur quotidien. Il a souligné que, malgré la faim, la fatigue, les routes impraticables et l’insécurité, ces missionnaires ont continué à semer l’amour et à soutenir les plus vulnérables, incarnant ainsi l’espérance chrétienne.
Mgr Niciteretse a profité de cette occasion pour adresser un message fort aux nouvelles générations. Selon lui, les tragédies du passé ne doivent pas conduire au découragement, mais inspirer un engagement renouvelé. Il a appelé à rompre avec la logique de la violence et à s’écarter des chemins de la haine, de l’injustice, de la vengeance, des divisions ethniques et régionales. Il a mis en garde contre toute idéologie ou structure qu’elle soit étatique, associative ou religieuse qui légitimerait la violence contre la vie humaine. « Tuer l’autre, c’est se tuer soi-même », a-t-il martelé.
Trente ans après les faits, la mémoire d’Ottorino Maule, Aldo Macchiore et Catina Gubert reste vivante dans les cœurs des habitants de Buyengero. Leur témoignage de foi et de courage continue d’inspirer. La célébration de cet anniversaire n’était pas seulement un hommage, mais un appel vibrant à la conversion, au dépassement des blessures du passé, et à la construction d’un avenir fondé sur la paix, la fraternité et l’espérance.
Aimée M
Agence D.I.A CENCO
Source: Stampa
