Un événement survenu il y a plus de six siècles dans le nord de l’Italie continue de nourrir une dévotion mariale vivante et singulière, intimement liée au temps de Noël. Il est à l’origine du titre de Madonna dei Fiori, Notre-Dame des Fleurs donné à la Vierge Marie à la suite d’un miracle rapporté pour la première fois le 29 décembre 1336, aux abords de la ville de Bra, sur la route menant à Turin.
Ce jour-là, selon la tradition, une jeune femme enceinte, Egidia Mathis, rentrait chez elle lorsqu’elle aperçut deux mercenaires près d’un pilier de pierre sur lequel était peinte une fresque de la Vierge Marie avec l’Enfant Jésus. Effrayée par leur attitude menaçante, elle se tourna vers l’image mariale et implora sa protection. Une lumière aurait alors jailli du pilier, et la Vierge serait apparue, faisant un geste qui mit les soldats en fuite. Marie aurait ensuite réconforté la jeune femme, bouleversée par l’épreuve.
Sous le choc de l’émotion, Egidia donna naissance à son enfant sur place. Au même moment, une haie d’aubépines noires, dépourvue de feuilles et recouverte de glace en plein hiver, se serait mise à fleurir soudainement, se couvrant de milliers de fleurs blanches. La nouvelle se répandit rapidement et les habitants de Bra affluèrent pour constater ce qu’ils appelèrent le miracle de la Madonna dei Fiori.
Depuis cet événement, les aubépines noires situées à cet endroit précis fleurissent chaque année entre le 25 décembre et le 15 janvier. Deux exceptions seulement sont rapportées : les années 1914 et 1939, marquées par le début des deux guerres mondiales. Ce phénomène a suscité, dès le XVIIIᵉ siècle, l’intérêt de botanistes et de scientifiques, notamment de l’Université de Turin. Leurs observations ont établi que l’aubépine noire, une variété de prunellier appartenant à la famille des Rosaceae, ne fleurit normalement qu’au printemps, entre mars et avril, et qu’aucune particularité du sol ne permet d’expliquer cette floraison hivernale.
L’afflux continu de pèlerins a entraîné la construction progressive de lieux de culte autour du site. Une première chapelle fut édifiée près du pilier, remplacée en 1626 par un sanctuaire plus vaste, aujourd’hui connu comme le « sanctuaire antique ». Face à l’essor de la dévotion, l’église fut agrandie au XIXᵉ siècle, puis un nouveau sanctuaire fut inauguré en 1933.
Le sanctuaire conserve plusieurs œuvres marquantes, dont une peinture de 1638 du peintre flamand Jean Claret représentant la Madonna dei Fiori avec l’Enfant Jésus tenant des roses, ainsi que de grandes toiles illustrant la scène du miracle fondateur. Une statue de l’Immaculée Conception, tenant une branche fleurie d’aubépine noire, est portée chaque année en procession dans les rues de Bra le 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge et fête patronale locale. Cette tradition remonte au XVIIIᵉ siècle, à la suite d’un vœu formulé par les habitants après une épidémie de peste.
Aujourd’hui encore, le sanctuaire de la Madonna dei Fiori demeure un lieu de pèlerinage important. La floraison hivernale de l’aubépine noire y est interprétée comme un signe d’espérance et de fidélité, rappelant, selon la tradition chrétienne, que la vie et la foi peuvent porter du fruit même au cœur des périodes les plus difficiles.
Agence DIACENCO
