Soixante ans après la lettre historique adressée en 1965 par les évêques polonais à leurs homologues allemands, une conférence internationale s’est tenue à l’Université pontificale grégorienne, rappelant la portée de ce geste de réconciliation qui marqua un tournant dans l’histoire européenne d’après-guerre.
À l’époque, la Pologne, meurtrie par les crimes de la Seconde Guerre mondiale, lieu des camps de la mort nazis et alors sous domination communiste, avait tendu la main à l’Allemagne. Par ces mots devenus emblématiques, les évêques polonais avaient voulu dépasser les inimitiés issues du conflit et ouvrir une voie de dialogue et de paix. Organisée avec le soutien des ambassades de Pologne et d’Allemagne près le Saint-Siège, la conférence s’est déroulée dans un contexte européen marqué par de nouvelles tensions et conflits.
Le professeur Marek Inglot, président du Comité pontifical pour les sciences historiques, a souligné que le pardon permet de transformer l’avenir et d’aborder le passé avec un regard libéré de la rancune et de la vengeance. Il a rappelé que la réconciliation s’inscrivait dans un processus plus large, amorcé notamment par Pie XII, qui avait conçu l’Année sainte 1950 comme une occasion de réconciliation pour une Europe divisée par la guerre.
Dans ce cadre jubilaire, le cardinal Stefan Wyszyński avait encouragé l’envoi de lettres aux épiscopats du monde entier à l’occasion du millénaire du baptême de la Pologne. Parmi ces « lettres millénaires », celle adressée aux évêques allemands, rédigée sous la responsabilité du cardinal Bolesław Kominek, archevêque de Wrocław, s’est distinguée par sa portée historique.
L’ambassadeur de Pologne près le Saint-Siège, Adam Kwiatkowski, a rappelé que les évêques polonais avaient choisi la voie évangélique de la réconciliation malgré un contexte politique et social difficile. L’historien Paweł Wojcik a décrit la situation de la Pologne de l’époque, intégrée au système des États satellites par l’Union soviétique, marquée par la persécution des élites intellectuelles et les traumatismes laissés par les camps de concentration.
Le cardinal Walter Kasper, préfet émérite du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a évoqué les conditions dans lesquelles cet échange épistolaire avait été reçu en Allemagne, où les crimes commis à l’Est restaient largement méconnus. Il a rappelé que ce n’est qu’au cours du concile Vatican II que les évêques polonais et allemands ont pu dialoguer ouvertement. Il a également souligné le rôle du cardinal Kominek, marqué par une double culture, ainsi que les incompréhensions rencontrées, y compris au sein de l’Église polonaise.
Anna Suchocka, ancienne ambassadrice de Pologne près le Saint-Siège, a rappelé que les évêques avaient pris le risque de ne pas être compris par une société polonaise encore profondément marquée par les blessures de la guerre. Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États, a indiqué que l’échange de lettres n’avait pas cherché à nier la vérité historique, mais s’inscrivait dans la mission de réconciliation confiée à l’Église. Il a également souligné la signification de l’invitation adressée aux évêques allemands à participer aux célébrations du baptême de la Pologne.
L’ambassadeur d’Allemagne près le Saint-Siège, Bruno Kahl, a rappelé que cet échange de lettres constituait un acte de courage et d’humanité, soulignant l’importance de sa mémoire dans un contexte marqué par la résurgence des tensions nationales.
Agence DIACENCO
