Depuis les premières heures de l’histoire moderne du Congo jusqu’aux défis brûlants d’aujourd’hui, l’Église catholique n’a jamais été un simple spectateur de la vie nationale. Elle a marché avec le peuple, souvent en première ligne, éclairant les consciences, formant les élites et rappelant, sans relâche, que la dignité humaine, la justice, la démocratie et la paix sont des exigences évangéliques.
Dans une interview exclusive accordée récemment à la Sœur Aimée Musenga dans l’émission » Le Jour du Seigneur, » l’abbé François Luyeye, prêtre de l’archidiocèse de Kinshasa et figure emblématique de l’engagement ecclésial et citoyen, ancien Secrétaire général adjoint de la CENCO, actuellement aumônier de la classe politique catholique et de la santé, revient avec lucidité et franchise sur cette mission historique et actuelle de l’Église en République démocratique du Congo.
Une Église aux racines profondes dans la construction nationale
Bien avant les indépendances, rappelle l’abbé Luyeye, l’Église catholique a contribué à façonner l’élite congolaise et à éveiller la conscience politique du pays. Elle a accompagné la naissance de la pensée démocratique à travers des figures majeures comme l’abbé Joseph Albert Malula, artisan du Manifeste de la conscience africaine et premier cardinal congolais.
Pour l’Église, cet engagement n’a rien d’exceptionnel : « Là où l’homme est, l’Église est là ». Elle ne peut se désintéresser de la vie sociale, politique et économique, car l’Évangile concerne toute la vie de l’homme.
Ni pouvoir, ni silence : la lumière comme mission
Face à ceux qui estiment que l’Église « prêche dans le désert » depuis l’indépendance, l’abbé François Luyeye répond avec sérénité : la conversion des cœurs est un processus lent.
L’Église n’a pas vocation à gouverner ni à prendre le pouvoir. Sa mission est d’apporter la lumière de l’Évangile, afin que les laïcs — premiers acteurs de l’évangélisation du social — transforment le monde de l’intérieur, en œuvrant pour le bien commun, la paix sociale et la justice.
Même lorsque les fruits tardent à apparaître, l’Église ne se décourage pas. Elle accompagne le peuple avec patience et espérance, convaincue que la vérité finit toujours par triompher.
Martyrs, mémoire et combat pour la démocratie
Ces hommes et ces femmes, tombés sous les balles, sont devenus les Martyrs de la démocratie. Leur sacrifice rappelle que la démocratie n’est jamais un don gratuit, mais le fruit d’un combat permanent, que l’Église a accompagné non par les armes, mais par la croix, la prière et le courage prophétique.
Dialogue ou chaos : le choix vital pour la nation
Aujourd’hui encore, alors que le pays est meurtri par la guerre et l’instabilité, le message de l’Église reste clair : quelle que soit la situation, la meilleure voie demeure le dialogue.
L’abbé François Luyeye dénonce avec force ceux qui parlent de guerre sans en subir les conséquences, mus par la seule soif du pouvoir ou par des intérêts personnels. Pour lui, le sang versé n’apporte ni bonheur ni avenir :
« Le pain du sang ne goûte pas. Ce qui nourrit vraiment un peuple, c’est ce qu’il produit ensemble dans la communion et la fraternité. »
C’est dans cet esprit que s’inscrit le Pacte Social pour la Paix et le Bien-Vivre Ensemble en RDC et dans les Grands Lacs, initiative portée par les Églises catholique et protestante. Elle vise à rassembler toutes les parties prenantes, sans exclusion, autour d’un dialogue sincère, seul chemin durable vers la paix.
Foi et citoyenneté : une même exigence
Accusée parfois d’être « trop politique », l’Église assume pleinement son rôle de conscience morale. Pour l’abbé Luyeye, la foi ne peut être dissociée de la vie sociale : la politique concerne le pain, l’eau, la santé, l’éducation, la gestion de la cité. En parler n’est pas chercher le pouvoir, mais éclairer, orienter, rappeler les valeurs évangéliques de rigueur, de justice, de bonne gouvernance et de rejet des antivaleurs comme la corruption et la violence.
Aumônier de la classe politique, il appelle sans détour à commencer le dialogue là où chacun se trouve : dans la famille, dans les institutions, dans la nation. Plus les initiatives en faveur de la paix se multiplient, plus l’espérance grandit — à condition que la démarche soit sincère.
Une Église partenaire du peuple et de l’État
Par son action éducative, sanitaire, sociale et culturelle — écoles, universités, hôpitaux, Caritas, centres de formation, bibliothèques — l’Église catholique demeure un acteur majeur du développement intégral de l’homme au Congo. Elle n’est ni adversaire ni ennemie de l’État, mais partenaire au service du peuple.
En définitive, l’apport de l’Église catholique congolaise à la démocratie et à la paix se résume en une conviction profonde : on ne bâtit pas une nation sur la haine et la violence, mais sur la conversion des cœurs, le dialogue, la justice et la fraternité.
Et tant que l’homme congolais souffrira, l’Église continuera de marcher à ses côtés, portant la lumière là où l’obscurité semble vouloir s’imposer.
Agence DIA CENCO
