Kinshasa, 1er août 2025 –( DIA)- Devant les évêques réunis à la 20e Assemblée plénière du Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), Mgr Fulgence Muteba Mugalu, Président de la CENCO et Archevêque métropolitain de Lubumbashi, a lancé un vibrant plaidoyer en faveur d’une paix enracinée dans des engagements concrets, durables et inclusifs.
Dans une intervention directe et empreinte de lucidité, Mgr Muteba a mis en lumière l’écart préoccupant entre les discours porteurs d’espérance tenus au sein des institutions ecclésiales africaines et la rareté des actions concrètes pour la paix sur le terrain.
« Nous avons de très belles paroles, mais apparemment nous avons de la peine à passer à l’action », a-t-il constaté, se souvenant avec gravité du document « Christ est notre Paix », élaboré sous la présidence du Cardinal Laurent Monsengwo, resté sans suite tangible.
Une initiative œcuménique née de la base
Conscient des limites de démarches isolées, Mgr Muteba a expliqué la genèse d’un Pacte Social pour la Paix et le Bien-Vivre Ensemble, conçu par la CENCO en synergie avec l’ECC (Église du Christ au Congo), qui regroupe l’ensemble des confessions protestantes du pays.
Cette initiative inédite tire sa force de sa dimension populaire, enracinée dans les communautés locales. Elle s’appuie sur la réalité vécue par les fidèles catholiques et protestants confrontés ensemble aux mêmes défis : insécurité, accès à l’eau potable, gestion communautaire des puits et des moulins, etc. Mgr Muteba souligne que cette habitude de collaboration interconfessionnelle, notamment en matière d’observation électorale, est un terrain fertile pour bâtir un engagement durable.
Le Pacte, un concept africain fort
« Nous sommes partis du sens du Pacte dans l’anthropologie africaine », a rappelé l’archevêque. « Un pacte, on ne le rompt pas sur un caprice. Il engage et oblige ».
Ce choix s’oppose aux alliances politiques opportunistes, souvent éphémères, qui sacrifient l’intérêt général sur l’autel des intérêts particuliers. Le Pacte Social, tel que conçu par les Églises congolaises, vise à réconcilier les Congolais entre eux, avant d’initier un dialogue sincère avec les peuples et dirigeants des pays voisins (Rwanda, Ouganda, Burundi), trop souvent évités dans les négociations internationales.
Repenser la paix à partir des réalités africaines
Évoquant l’Accord de Washington, Mgr Muteba appelle à une approche contextualisée et enracinée dans la complexité locale. L’initiative congolaise, dit il, refuse les schémas importés qui ignorent les véritables causes de la crise : la gouvernance, les fractures communautaires, le manque de justice et d’institutions solides.
« Il faut que cette initiative s’occupe de la paix et du vivre-ensemble à partir des réalités de la République Démocratique du Congo », a-t-il martelé.
Pour aller plus loin
Le message de Mgr Muteba à Kigali n’est pas seulement une analyse, c’est un appel prophétique. Il invite l’Église d’Afrique à sortir de la parole seule pour incarner des engagements concrets, portés par le sens africain du pacte, dans une dynamique œcuménique, populaire, enracinée et tournée vers la paix durable.
Agence DIA/CENCO