Face à l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC, les confessions religieuses multiplient les initiatives pour faire entendre leur voix et contribuer à la recherche de solutions. Après plusieurs prises de parole des Églises chrétiennes, les musulmans de Butembo sont à leur tour montés au créneau.
Le dimanche 1er mars 2026, une séance de sensibilisation s’est tenue à la mosquée Abrar de Butembo autour du thème : « La place du musulman et l’Islam dans la lutte contre les actes terroristes ». L’activité a été organisée par l’ONG Ubuntu Panafrica dans un contexte de violences répétées attribuées aux rebelles des Allied Democratic Forces (ADF).
Autorités civiles et militaires mobilisées
La rencontre a réuni plusieurs personnalités locales. Le maire de Butembo était représenté par Gilbert Bwambale, chef du premier bureau à la mairie. Les forces loyalistes ont délégué le lieutenant-colonel Patrick Mugisa, chargé du mariage civilo-militaire dans la région.
La société civile était également présente, notamment à travers John Kameta, président en commune Bulengera.
Cette diversité d’acteurs illustre la volonté de créer un front commun contre l’insécurité persistante, dans une région éprouvée par des années de violences.
Refuser l’amalgame
Dans son exposé, le chargé du projet au sein d’Ubuntu Panafrica a appelé les musulmans à se considérer comme de véritables patriotes engagés au service de la nation et à participer activement à la protection de tous les citoyens, sans distinction religieuse.
Il a invité la population à éviter toute généralisation entre les exactions des ADF et la communauté musulmane locale, elle-même touchée par les violences à travers plusieurs familles prises pour cibles.
Devant la presse, cet activiste de la paix a insisté sur la responsabilité collective face au phénomène ADF :
« Nous sommes venus avec un esprit de fraternité. Nous sommes fils et filles d’une même mère, la RDC, et nous avons un seul combat : vaincre les ADF. Le seul ennemi que nous avons, c’est l’ADF. Nous sommes les yeux et les oreilles de notre armée. Les ADF n’auront nulle part où passer. »
Il a également rendu hommage aux musulmans tombés sous les coups des groupes armés pour s’être opposés à leurs méthodes.
« L’Islam est la paix »
De son côté, le Sheikh Muhindo Luhavo Arafati Agayo, représentant légal des musulmans dans la région Butembo-Lubero, a tenu à clarifier la position de l’Islam face aux violences commises au nom de la religion.
Selon lui, l’Islam figure parmi les victimes directes des atrocités des ADF.
« Ils utilisent l’islam dans leurs actes. D’abord pour semer la terreur dans le cœur des musulmans, ensuite pour effrayer ceux qui ne sont pas musulmans. L’islam ne permet pas d’égorger, de violer, de piller. L’islam est venu prêcher la paix », a-t-il déclaré.
Le responsable religieux a exhorté les fidèles à dépasser la peur et à ne pas laisser l’extrémisme ternir l’image de leur foi.
Une initiative inscrite dans un projet plus large
Cette activité s’inscrit dans le cadre du projet « Wapi jiwe langu kwa usalama wa mashariki wa Kongo », une initiative axée sur le renforcement du mariage civilo-militaire et l’implication communautaire dans la sécurité.
Dans une région où les attaques armées continuent d’endeuiller les familles, cette rencontre à la mosquée Abrar apparaît comme une tentative de consolider la cohésion sociale et de dissiper les suspicions.
À Butembo, le message se veut clair dans la communauté : la lutte contre le terrorisme ne peut réussir sans l’engagement de toutes les composantes de la société, y compris les communautés religieuses.
J-Rostand VUSANGI M, Correspondant DIA CENCO depuis Goma
