décembre 24, 2025
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Afrique & Monde

Nigeria : un appel à l’accompagnement psychologique face à la crise de santé mentale

Le prêtre catholique nigérian, fondateur de l’Institut psycho-spirituel (PSI), a exhorté les psychologues du Nigeria et d’Afrique à repenser en profondeur leur manière de répondre à la crise de santé mentale qui frappe le pays et, plus largement, le continent. 

S’exprimant lors du discours d’ouverture de la rencontre annuelle de l’Association nationale des psychologues cliniciens du Nigeria, il a estimé que la situation actuelle dépasse le cadre des interventions cliniques classiques. Selon lui, la gravité de la crise exige une réponse plus large, orientée vers la prévention et mieux ancrée dans les réalités sociales et culturelles africaines. 

Le père Ehusani a souligné le faible niveau de sensibilisation à la santé mentale dans le pays, y compris parmi les populations instruites. Il a déploré que les troubles psychologiques soient souvent ignorés, minimisés ou interprétés uniquement sous un prisme spirituel, jusqu’à ce qu’ils prennent des formes extrêmes. 

Cette situation est aggravée par une pénurie aiguë de professionnels : le Nigeria compte moins de 400 psychologues cliniciens agréés pour une population estimée à près de 220 millions d’habitants. Pour le fondateur du PSI, cette rareté ne doit pas conduire au découragement, mais inciter à explorer de nouvelles formes d’organisation du travail, de formation et de déploiement des compétences psychologiques. 

Abordant la nature même de la psychologie clinique, le père Ehusani l’a décrite comme une discipline à la frontière de la science et de l’expérience humaine. La complexité de l’esprit et de l’âme, a-t-il souligné, rend le travail du psychologue difficilement réductible à des protocoles strictement mesurables. Cette position confère aux psychologues un rôle particulier dans la société : celui de praticiens du discernement, héritiers de traditions anciennes de soin de l’âme, toujours vivantes dans de nombreuses sociétés africaines. 

Il a insisté sur la nécessité d’une approche intégrée prenant en compte l’esprit, le corps et la dimension spirituelle de la personne. Ignorer cette dernière, a-t-il averti, limite l’efficacité des pratiques de santé mentale en Afrique. Sans renoncer aux exigences scientifiques, la thérapie peut s’appuyer sur des ressources telles que le sens, le pardon, la gratitude et les liens sociaux. 

Le père Ehusani a également invité les psychologues à étendre leur champ d’intervention au-delà des structures hospitalières. Il a cité les établissements scolaires et universitaires, les centres de détention, les lieux de travail, les institutions de réadaptation, les organismes de recherche et les instances publiques comme des espaces où l’expertise psychologique est nécessaire. Dans le contexte actuel, marqué par la toxicomanie, la violence et les tensions politiques, il a estimé que l’apport des psychologues pourrait contribuer à prévenir des dérives affectant le leadership et la cohésion sociale. 

Au cœur de son intervention figurait un plaidoyer en faveur de la prévention. Il a appelé à renforcer la psychoéducation, à lutter contre la stigmatisation, à développer des institutions sensibles aux traumatismes et à soutenir des réformes juridiques accompagnées de financements durables. Les efforts de prévention doivent, selon lui, accorder une attention particulière aux enfants, aux personnes déplacées et aux survivants de violences.

Agence DIACENCO

Source : Aciafrique