Le Saint-Siège a lancé un appel solennel devant le Conseil de sécurité des Nations Unies en faveur d’un moratoire immédiat sur le développement des armes létales autonomes. Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les États et les organisations internationales, s’est exprimé jeudi au siège de l’ONU à New York, mettant en garde contre une technologie militaire susceptible de franchir des limites éthiques irréversibles.
Dans son intervention, l’archevêque britannique a affirmé que le Saint-Siège « appuie fermement l’adoption d’un moratoire immédiat sur la mise au point » des systèmes d’armes autonomes, connus sous l’acronyme LAWS. Il a souligné que ces dispositifs, capables d’identifier et d’attaquer des cibles sans contrôle humain substantiel, soulèvent de graves préoccupations juridiques, humanitaires, sécuritaires et éthiques.
Selon Mgr Gallagher, le développement de ces systèmes pose un danger fondamental : leur incapacité à exercer un jugement moral ou un discernement éthique. Cette lacune remet en cause le principe même de responsabilité humaine dans les conflits armés. Il a plaidé pour l’élaboration d’un instrument juridique international contraignant, seul garant du maintien des décisions de vie ou de mort entre des mains humaines.
Dans cette perspective, le Saint-Siège appelle à recentrer le débat technologique autour de la dignité de la personne humaine. « Une approche centrée sur l’homme doit guider toute réflexion sur les technologies émergentes, en particulier dans le domaine militaire », a rappelé Mgr Gallagher, ajoutant que « les armes ne peuvent se substituer au discernement humain dans les décisions ultimes ».
Poursuivant son discours, il a dénoncé le franchissement progressif de « frontières létales » par les systèmes autonomes, affirmant qu’il s’agit de seuils qui « ne devraient jamais être dépassés ». Selon lui, la rapidité du développement technologique, combinée à l’absence de normes claires, crée un vide juridique susceptible d’alimenter l’instabilité mondiale.
Ce risque, a-t-il insisté, n’est ni abstrait ni hypothétique. L’intégration rapide de l’intelligence artificielle dans les systèmes d’armement, y compris nucléaire, constitue une réalité urgente à laquelle la communauté internationale ne peut rester aveugle. Le prélat a alerté sur le fait que ces innovations pourraient devenir des « instruments de division et d’agression » si elles ne sont pas strictement encadrées.
Dans un contexte géopolitique déjà tendu, Mgr Gallagher a mis en garde contre une nouvelle course aux armements, alimentée par la fusion de l’IA avec des capacités militaires avancées, notamment dans les domaines spatial et balistique. Il a estimé que cette dynamique risque de « transformer la nature même de la guerre » et d’introduire un niveau d’imprévisibilité sans précédent.
L’archevêque a exprimé une vive inquiétude quant à l’utilisation potentielle de l’intelligence artificielle dans les systèmes de commandement et de contrôle nucléaires. Une telle évolution, selon lui, introduirait des risques inconnus, susceptibles de fragiliser davantage une logique de dissuasion déjà moralement contestée.
Face à ces défis, il a rappelé la responsabilité primordiale du Conseil de sécurité dans le maintien de la paix et de la sécurité internationale. À ses yeux, il est impératif que cette instance accorde une attention soutenue aux conséquences des avancées technologiques, en particulier lorsqu’elles touchent aux fondements du droit international humanitaire.
En conclusion, Mgr Gallagher a reconnu que l’intelligence artificielle, lorsqu’elle est bien encadrée, peut constituer un outil puissant au service du bien commun. Il a souligné que cette technologie a déjà un impact tangible dans des secteurs tels que l’éducation, la santé, la communication et le travail. Mais, a-t-il averti, elle ne doit jamais s’affranchir des principes qui ont inspiré la création de l’ONU : la paix, la sécurité, la liberté et le respect des droits humains fondamentaux.
Aimée M
Agence D.I.A CENCO
Source: La stampa
