La revalorisation salariale et l’amélioration des conditions de travail ont été recommandées pour renforcer la qualité des soins en République démocratique du Congo (RDC), par une infirmière mardi lors d’un entretien à l’occasion de la Journée mondiale des infirmières.
«Le regard porté sur la profession infirmière aujourd’hui est celui d’un abandon systémique. Les infirmiers et infirmières congolais travaillent dans des conditions qui relèvent souvent de l’héroïsme pur. D’où la revalorisation salariale, l’amélioration des conditions de travail sont recommandées pour renforcer la qualité des soins en RDC», a déclaré Joëlle Gbenge, infirmière et animatrice communautaire de la zone de santé de Ngaba à Kinshasa.
Selon Mme Gbenge, les irrégularités de paiement constituent l’un des principaux problèmes auxquels fait face cette catégorie du personnel de santé.
«Plus de 80.000 infirmiers se retrouvent encore dans une impasse administrative. Beaucoup travaillent sans être mécanisés, attendant pendant des années une matricule qui ne vient pas. Les primes de risque, censées compenser la dangerosité du métier, sont payées avec plusieurs mois de retard ou sont détournées», a-t-elle expliqué.
Mme Gbenge a également dénoncé la faiblesse des rémunérations tant dans le secteur public que privé.
«Dans le secteur public, les salaires tournent autour de 200.000 francs congolais, avec un complément d’environ 70.000 francs. Dans le secteur privé, certains sont rémunérés entre 100.000 et 500.000 francs congolais selon les recettes de la structure, ce qui crée une insécurité financière totale», a-t-elle précisé.
Elle a, en outre, relevé le manque criant de matériels de base dans de nombreux établissements de santé. «Dans plusieurs hôpitaux, ils manquent des gants, des seringues stériles, des compresses, des tensiomètres et même des microscopes fonctionnels. Les infirmiers sont souvent contraints de demander aux familles d’acheter elles-mêmes le petit matériel avant l’administration des soins», a-t-elle déploré.
Abordant les difficultés rencontrées à l’intérieur du pays, Joëlle Gbenge a indiqué que les conditions de travail se détériorent davantage dans les zones rurales. «Certains centres de santé du Congo profond ne disposent ni d’électricité, ni d’eau courante, ni d’équipements médicaux. Accoucher une femme à la lumière d’une lampe torche de téléphone est une réalité quotidienne», a-t-elle témoigné.
Elle a aussi évoqué les obstacles liés au mauvais état des routes, qui retardent les transferts de patients critiques ainsi que l’approvisionnement en médicaments. Dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, touchées par l’insécurité, les infirmiers travaillent sous la menace des groupes armés.
«Ils gèrent des afflux massifs de déplacés avec des stocks de médicaments vides et subissent eux-mêmes les violences sans protection particulière de l’État», a-t-elle ajouté. Pour valoriser davantage la profession, l’infirmière a recommandé l’intégration de tous les infirmiers actifs sur les listes de paie de l’État, l’automatisation du paiement des primes de risque et l’instauration d’une réforme salariale adaptée au coût de la vie.
Elle a également plaidé pour la réhabilitation des infrastructures sanitaires rurales, la dotation des zones de santé en ambulances, motos et kits solaires d’urgence, ainsi que la décentralisation des formations continues.
«L’infirmière congolaise est la figure de proue d’un système qui tient par la force de sa volonté, mais elle reste négligée par ceux qui devraient la protéger », a-t-elle affirmé.
«Sans une revalorisation salariale et une amélioration des routes et des infrastructures sanitaires, la Couverture santé universelle (CSU) restera un slogan vide de sens pour la majorité des Congolais. Tout être humain naît entre les mains d’une infirmière, est soigné par une infirmière et meurt entre les mains d’une infirmière», a-t-elle conclu. La Journée internationale des infirmières édition 2026 est célébrée sous le thème international «Le pouvoir d’agir des infirmières et infirmiers sauve des vies».
DIA-CENCO
Source: ACP
