Fête de l’exaltation de la Sainte Croix
(1ère lecture Nbre.21, 4b-9 ;2eme lecture : Phil.2,6-11 ; Ps. 77 ; Évangile Jean3, 13-17)
La fête que nous célébrons aujourd’hui ne s’arrête pas à ce morceau de bois, mais à celui qui a donné sa vie sur cette croix, se vidant de lui-même pour nous communiquer sa vie. La liturgie nous invite à faire nôtre cette croix en nous retrouvant dans ce morceau de bois. Demandons au Seigneur la grâce de nous laisser purifier par cette expérience, afin d’agir par amour et sans crainte.
La fête de l’Exaltation de la sainte Croix nous invite à contempler l’abaissement de notre Seigneur, à nous retrouver dans la croix du Christ, puis, à l’image de Jésus, à accepter de vivre, de travailler, de souffrir et de mourir sans rien attendre en retour, afin de goûter à sa promesse rapportée par Jean : « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi. » Paradoxe chrétien, la croix enseigne que ceux qui pleurent se réjouiront, que la femme stérile enfantera, que les pauvres régneront, que les affamés seront rassasiés et que les morts vivront.
La première lecture décrit le cri du peuple d’Israël qui, par l’intermédiaire de Moïse, récrimine Dieu, oubliant Celui qui les avait fait sortir d’Égypte. L’image du serpent symbolise le Christ libérateur. La deuxième lecture, tirée de la lettre de saint Paul aux Philippiens, est un hymne christologique qui décrit l’exaltation suprême du Christ à travers un mouvement descendant (incarnation), puis ascendant (résurrection). Celui qui était égal à Dieu s’est abaissé, puis anéanti jusqu’à mourir sur la croix, et le Père l’a exalté.
Mes bien-aimés, prendre sa croix, c’est accepter de renoncer à soi-même en suivant l’exemple du Christ. C’est vaincre la peur : la peur d’aimer et d’être aimé, la peur de souffrir, la peur des blessures, même celles liées à une expérience passée. Vaincre la peur ne signifie donc pas la faire disparaître, mais l’empêcher de nous paralyser. Au jardin des Oliviers, Jésus fut saisi d’une telle angoisse qu’il en transpira du sang. C’est en acceptant pleinement la souffrance, malgré l’angoisse et la peur, qu’il a mérité d’être exalté par son Père. L’eucharistie nous confère le pouvoir de vaincre toutes nos souffrances quotidiennes, petites ou grandes, ainsi que celles de l’humanité, à la lumière de la croix du Christ. Mes bien-aimés, le Christ ne nous demande pas seulement d’honorer sa croix, mais aussi de la prendre en l’imitant et de le suivre (Mt 10, 38) : « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. » À travers la croix, nous trouvons toute l’humanité souffrante : les injustices, les guerres, les abus, les humiliations, les cris de douleur de chacun.
Mes bien-aimés, l’une des grandes pauvretés de notre temps n’est pas le manque d’argent, ni du succès, mais l’impossibilité de se donner, soit le manque absolu d’amour. Pour le monde, cette donation au Christ est une mort inutile. Cependant, en réalité, elle est le témoignage de la vraie vie. Le Fils de l’homme, loin de se faire conquérant, est descendu pour être accueilli par nous. À ceux qui l’ont accueilli, il a donné « le pouvoir de devenir enfants de Dieu ». La croix est non seulement le signe de grandes souffrances, mais la preuve de l’immense amour de Dieu pour nous, le fondement de notre foi, le signe de notre espérance et de notre salut. Elle nous rappelle que le chemin est difficile, mais que nous devons persévérer. Elle nous rappelle que Dieu n’attend pas de nous que nous soyons parfaits, mais qu’il faut se relever après être tombé dans le péché. Elle nous apprend que chaque vie humaine est précieuse aux yeux de Dieu, car le Christ est mort pour le salut de tous ; elle nous enseigne également à défendre la vie à notre tour. La croix est donc notre force face à l’adversité, notre persévérance et notre gloire. Il est vrai que, dans les moments difficiles, nous avons tendance à oublier Dieu, à nous plaindre de lui, voire à l’accuser d’être responsable de notre malheur. Nous allons même parfois jusqu’à nous demander pourquoi il nous a créés. Mais Dieu, qui a laissé son fils souffrir et mourir pour nous, pourrait-il nous vouloir autre chose que du bien ? Il est vrai que nous rencontrons souvent des situations difficiles que nous ne comprenons pas. Nous devons cependant garder confiance en Dieu, le remercier pour chaque instant de notre vie et prier pour ceux qui ne connaissent pas encore le sens de sa croix.
Demandons au Seigneur la grâce de porter sa croix avec courage pour l’aimer davantage dans chaque épreuve de notre vie. Amen !
John Munganga, SJ
Agence D.I.A CENCO
