novembre 20, 2025
N°59 de l’Avenue Monts Virunga, Commune Gombe ( Kinshasa / RDCONGO )
Afrique & Monde

Exploitation illégale des ressources minières au Ghana : un cri d’alarme de l’Église

Le coordinateur national de la Justice, Paix et Intégrité de la Création (JPIC) au Ghana, le père Nicholas Nibetol Aazine, a dénoncé l’inaction des autorités face à l’exploitation minière illégale, qu’il accuse d’être traitée avec partialité et instrumentalisée à des fins politiques.

Dans une réflexion publiée le 19 septembre, ce membre de la Société du Verbe Divin (SVD) affirme que les gouvernements successifs bien qu’ayant promis des mesures strictes contre le phénomène — localement appelé galamsey — finissent par relâcher leur engagement une fois au pouvoir. Il déplore que cette attitude ait transformé le galamsey en un « stratagème politique », utilisé selon les circonstances électorales.

Selon lui, les autorités, lorsqu’elles sont dans l’opposition, réclament des mesures radicales, telles que la déclaration de l’état d’urgence dans les zones minières. Mais une fois élues, elles reculent, invoquant des considérations sociales ou économiques. Il cite notamment le gouvernement du président John Dramani Mahama, qui, une fois au pouvoir, n’a pas donné suite aux appels qu’il soutenait auparavant.

Cette politique incohérente, observe le père Nibetol, a contribué à l’aggravation du phénomène. Les rivières sont polluées, les niveaux de turbidité atteignent des seuils critiques, et des milliers de jeunes sont attirés par cette activité illégale, souvent au péril de leur vie. Il estime que le désintérêt croissant de la population résulte de cette inconstance, les citoyens ayant perdu confiance en des promesses jamais concrétisées.

Dans le même esprit, la Conférence des évêques catholiques du Ghana (GCBC) a réitéré, le 15 septembre, son appel à la déclaration de l’état d’urgence dans les zones touchées. Qualifiant le galamsey de « cancer national », les évêques estiment qu’une telle mesure permettrait de prendre des décisions urgentes : instauration de couvre-feux, sécurisation des zones dévastées, démantèlement des réseaux criminels et lutte contre la corruption locale.

Les évêques rappellent également que cette crise écologique constitue une offense à la Création divine, et donc un péché contre Dieu lui-même. Le Conseil national laïc catholique (NCLC) a appuyé cette position, soulignant que ses membres vivent au cœur des zones affectées et subissent directement les effets dévastateurs de l’exploitation illégale : sources d’eau contaminées, terres agricoles détruites, enfants déscolarisés et mis en danger dans des puits miniers instables.

Pour le père Nibetol, les racines du phénomène remontent à une époque où l’exploitation minière à petite échelle, bien que non réglementée, servait principalement de moyen de survie. Il note toutefois que la situation s’est détériorée sous l’effet combiné du chômage, de la précarité économique et de l’implication de réseaux puissants. Il accuse notamment des acteurs politiques, des chefs traditionnels, des ressortissants étrangers — notamment chinois — ainsi que certains groupes religieux et membres de la diaspora de soutenir activement ces activités.

Il ajoute que malgré les multiples interventions de l’Église et de la société civile — telles que la marche de prière environnementale organisée par l’archidiocèse d’Accra en collaboration avec la Conférence des supérieurs religieux du Ghana (CMSR-GH) — aucune mesure significative n’a été prise par les autorités.

Le prêtre conclut en soulignant que le galamsey représente aujourd’hui une menace réelle pour la sécurité nationale. Il appelle une fois de plus à une action sincère, ferme et dépolitisée, afin de protéger les communautés les plus vulnérables et de préserver l’intégrité de l’environnement pour les générations futures.

Aimée M

Agence DIA CENCO

Source: Aciafrique