Cameroun : le Pape Léon XIV lance un appel fort à la paix, à l’unité et à la responsabilité des dirigeants pour réveiller les consciences et bâtir un avenir de justice

Aimée MUSENGA
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En visite officielle à Cameroun, le Pape Léon XIV a adressé un message d’une rare intensité aux autorités politiques, au corps diplomatique et à la société civile. Au cœur de son discours : un appel pressant à la paix durable, à l’unité nationale et à une gouvernance responsable fondée sur le service, la justice et la dignité humaine. Insistant sur le rôle clé de la jeunesse, des femmes et des acteurs sociaux, il a exhorté chaque citoyen à devenir artisan de réconciliation dans un contexte marqué par les défis sécuritaires, économiques et sociaux.

Lire jusqu’à la fin, l’intégralité du discours du Pape Léon XIV à Yaoundé

Monsieur le Président,

Distinguées Autorités et membres du Corps diplomatique,

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie sincèrement pour l’accueil chaleureux qui m’a été réservé et pour les paroles de bienvenue qui m’ont été adressées.

 C’est une profonde joie de me trouver au Cameroun, souvent qualifié d’« Afrique en miniature » en raison de la richesse de ses territoires, de ses cultures, de ses langues et de ses traditions.

 Cette variété n’est pas une fragilité, mais un trésor. Elle est une promesse de fraternité et une fondation solide pour construire une paix durable.

Je viens parmi vous en tant que pasteur et serviteur du dialogue, de la fraternité et de la paix. Ma visite exprime l’affection du Successeur de Pierre pour tous les Camerounais, ainsi que le désir d’encourager chacun à poursuivre, avec enthousiasme et persévérance, la construction du bien commun.

Nous vivons une époque où la résignation se répand et où un sentiment d’impuissance tend à paralyser le renouveau que les peuples ressentent profondément.

Que de faim et de soif de justice ! Que de soif de participation, de vision, de choix courageux et de paix !

 Mon grand désir est de toucher le cœur de chacun, en particulier celui des jeunes, appelés à façonner, y compris sur le plan politique, un monde plus juste.

Je tiens également à manifester ma volonté de renforcer les liens de coopération entre le Saint-Siège et la République du Cameroun, fondés sur le respect réciproque, sur la dignité de toute personne humaine et sur la liberté religieuse.

Le Cameroun garde en mémoire les visites de mes prédécesseurs : celle de saint Jean-Paul II, messager d’espérance pour tous les peuples d’Afrique, et celle de Benoît XVI, qui a souligné l’importance de la réconciliation, de la justice et de la paix, ainsi que la responsabilité morale des gouvernants.

Je sais que ces moments ont marqué votre histoire nationale, telles des exhortations exigeantes à l’esprit de service, à l’unité et à la justice.

Nous pouvons donc nous interroger : où en sommes-nous ? Comment la Parole qui nous a été annoncée a-t-elle porté ses fruits ? Que reste-t-il à faire ?

Il y a 1600 ans, Saint Augustin écrivait des mots d’une grande actualité :

« Ceux qui commandent sont au service de ceux qu’ils semblent commander. Ils ne commandent pas par soif de domination, mais par devoir de subvenir aux besoins ; non par orgueil pour s’imposer, mais par compassion pour protéger. »

Dans cette perspective, servir son pays, c’est se consacrer avec un esprit humble et une conscience intègre au bien commun de toute la population, en veillant au respect des droits de chacun, notamment des minorités.

Il faut que l’engagement commun en faveur du dialogue, de la justice et du développement intégral transforme les blessures du passé en sources de renouveau. Comme je le disais, les jeunes représentent l’espérance du pays et de l’Église. Leur énergie et leur créativité sont des richesses inestimables.

Bien sûr, lorsque le chômage et l’exclusion persistent, la frustration peut engendrer de la violence. Investir dans l’éducation, dans la formation et dans l’esprit d’entreprise des jeunes est donc un choix stratégique pour la paix.

 C’est le seul moyen d’endiguer l’hémorragie de talents vers d’autres régions du monde. C’est aussi le seul moyen de lutter contre les fléaux de la drogue, de la prostitution et de la marginalisation qui détruisent trop de jeunes vies.

Grâce à Dieu, les jeunes Camerounais ont une spiritualité profonde qui résiste encore à l’uniformisation du marché. Elle est une énergie qui rend leurs rêves précieux, ancrés dans les valeurs qui nourrissent leurs prières et leurs cœurs.

Les traditions religieuses, lorsqu’elles ne sont pas déformées par le poison des fondamentalismes, inspirent des artisans de paix, de justice, de pardon et de solidarité.

 En favorisant le dialogue interreligieux et en associant les responsables religieux aux initiatives de médiation et de réconciliation, la politique et la diplomatie peuvent s’appuyer sur des forces morales capables d’apaiser les tensions.

L’Église catholique au Cameroun, à travers ses œuvres éducatives, sanitaires et caritatives, souhaite continuer à servir tous les citoyens sans distinction. Elle désire collaborer loyalement avec les autorités civiles et avec toutes les forces vives de la nation pour promouvoir la dignité humaine et la réconciliation.

Que Dieu bénisse le Cameroun, soutienne ses dirigeants, inspire la société civile, éclaire le travail du Corps diplomatique et accorde à tout le peuple camerounais – chrétiens et non-chrétiens, responsables politiques et citoyens – d’accueillir le Royaume de Dieu en construisant ensemble un avenir de justice et de paix.

Une paix désarmée, c’est-à-dire qui n’est pas fondée sur la peur, la menace ou les armements, mais une paix désarmante, capable de résoudre les conflits, d’ouvrir les cœurs et de susciter la confiance, l’empathie et l’espérance.

La paix ne peut être réduite à un slogan : elle doit s’incarner dans un style personnel et institutionnel qui rejette toute forme de violence. C’est pourquoi je le répète avec force :

« Le monde a soif de paix. Assez de guerres, avec leur douloureux cortège de morts, de destructions et d’exilés. »

La paix, en effet, ne se décrète pas : elle s’accueille et se vit. Elle est un don de Dieu qui se développe à travers un travail patient et collectif. Elle est de la responsabilité de tous, en premier lieu celle des autorités civiles.

Gouverner, c’est aimer son pays, mais aussi les pays voisins.

Le commandement « aime ton prochain comme toi-même » s’applique également aux relations internationales. Gouverner, c’est écouter réellement les citoyens, estimer leur intelligence et leur capacité à contribuer à l’élaboration de solutions durables.

La société civile doit être considérée comme une force vitale pour la cohésion nationale. Associations, organisations de femmes et de jeunes, syndicats, ONG, chefs traditionnels et religieux jouent un rôle irremplaçable dans la construction de la paix sociale.

Je tiens à souligner avec gratitude le rôle des femmes. Trop souvent victimes de violences et de discriminations, elles restent pourtant des artisanes infatigables de paix. Leur engagement dans l’éducation, la médiation et la reconstruction du tissu social est sans égal.

Enfin, la transparence dans la gestion des ressources publiques et le respect de l’État de droit sont essentiels pour rétablir la confiance. Il est temps d’oser un examen de conscience et un changement courageux.

Une paix authentique naît lorsque chacun se sent protégé, écouté et respecté, lorsque la loi protège les plus faibles contre l’arbitraire des plus puissants.

Frères et sœurs, les hautes fonctions que vous assumez exigent un double témoignage :

Celui du service du peuple, et celui d’une vie intègre.

Pour que la paix et la justice s’affirment, il faut briser les chaînes de la corruption qui détruisent la crédibilité des institutions et libérer les cœurs de la soif excessive de gain.

DIA-CENCO

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