novembre 21, 2025
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Eglise

Audience générale : le pape Léon XIV médite sur la crucifixion

Le mercredi 3 septembre 2025, le Saint-Père Léon XIV a poursuivi le cycle de la catéchèse sur le mystère de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ. Au cœur du récit de la Passion, au moment le plus brillant et le plus sombre de la vie de Jésus, l’Évangile de Jean nous donne deux mots qui enferment un immense mystère : « J’ai soif » (Jn 19,28), et immédiatement après : « Tout est accompli » (Jn 19,30). Deux dernières paroles, mais chargées d’une vie, qui révèlent le sens de toute l’existence du Fils de Dieu.

Sur la croix, Jésus n’apparaît pas comme un héros victorieux, mais comme un mendiant d’amour. Il ne proclame pas, il ne condamne pas, il ne se défend pas lui-même. Il demande, humblement, ce qui ne peut se passer de quelque manière que ce soit. La soif du Crucifié n’est pas seulement le besoin physiologique d’un corps brisé. C’est aussi et, surtout, l’expression d’un désir profond : celui de l’amour, de la relation, de la communion. C’est le cri silencieux d’un Dieu qui, ayant voulu partager tout de notre condition humaine, se laisse aussi traverser par cette soif. Un Dieu qui n’a pas honte de supplier une gorgée, parce que dans ce geste il nous dit que l’amour, pour être vrai, doit aussi apprendre à demander et pas seulement à donner.

« J’ai soif », dit Jésus, « et de cette façon manifeste son humanité et aussi la nôtre ». Aucun d’entre nous ne peut faire assez de lui-même. Personne ne peut se sauver lui-même. La vie est accomplie non pas lorsque nous sommes forts, mais quand nous apprenons à recevoir. Et précisément à ce moment, après avoir reçu de nos mains une éponge imbibée de vinaigre, Jésus proclame : « Tout est accompli ». L’amour est devenu nécessaire, et c’est précisément pour cela qu’il a accompli son œuvre.

C’est le paradoxe chrétien : Dieu ne fait pas, mais se laisse faire. Ne pas vaincre le mal par la force, mais accepter au fond la faiblesse de l’amour. Sur la croix, Jésus nous enseigne que l’être humain ne se réalise pas dans la puissance, mais dans l’ouverture confiée aux autres, même lorsqu’ils sont hostiles et ennemis. Le salut ne se trouve pas dans l’autonomie, mais dans la reconnaissance humble de son propre besoin, et dans la capacité à l’exprimer librement. L’accomplissement de notre humanité, dans la conception de Dieu, n’est pas un acte de force, mais un geste de confiance. Jésus n’est pas sauvé par un coup d’éclat, mais en demandant quelque chose qu’il ne peut obtenir seul. Et ici s’ouvre une porte vers le véritable espoir : si même le Fils de Dieu a choisi de ne pas être suffisant pour lui-même, alors notre soif d’amour, de bon sens, de justice, n’est pas un signe d’échec, mais de vérité.

Cette vérité, apparemment si simple, est difficile à accepter. Nous vivons à une époque qui valorise l’autosuffisance, l’efficacité, la performance. Cependant, l’Évangile nous montre que la mesure de notre humanité ne se trouve pas dans ce que nous pouvons conquérir, mais dans notre capacité à nous laisser aimer et, si nécessaire, à demander de l’aide.

Jésus nous sauve en nous montrant que demander ne nous rend pas indignes, mais nous libère. C’est la sortie de la dissimulation du péché, pour retourner à l’espace de la communion. Dès le début, le péché a suscité la honte. Mais le pardon, le vrai, naît quand nous pouvons regarder nos besoins de front et ne plus craindre d’être rejetés.

La soif de Jésus sur la croix est alors la nôtre aussi. C’est le cri de l’humanité blessée qui continue de chercher de l’eau vive. Et cette soif ne nous éloigne pas d’Allah, mais nous unit à Lui. Si nous avons le courage de la reconnaître, nous pouvons découvrir que notre fragilité est aussi un pont vers le ciel. Précisément en demandant et non en possédant, une voie de liberté s’ouvre, parce que nous cessons de nous prétendre autosuffisants.

Dans la fraternité, dans la vie simple, dans l’art de demander sans vergogne et d’offrir sans calcul, se cache une joie que le monde ne connaît pas. Une joie qui nous ramène à la vérité originelle de notre être : nous sommes des créatures faites pour donner et recevoir l’amour.

Chers frères et sœurs, dans la soif du Christ, nous pouvons reconnaître toute notre soif. Et apprendre qu’il n’y a rien de plus humain, rien de plus divin, que de savoir dire : j’ai besoin. N’ayons pas peur de demander, surtout lorsque nous pensons ne pas le mériter. N’ayons pas honte de tendre la main. C’est précisément là, dans cet humble geste, que le salut est caché.

Agence DIA CENCO