Les femmes de la Dynamique Femme Paix et Inclusion, réunies dans leur plateforme interconfessionnelle de Bukavu, lancent une campagne conjointe de sensibilisation dans les mosquées, églises et temples. Portée par le département Dynamique femme, paix et inclusion, cette initiative entend lutter contre les violences, les discours de haine et les stéréotypes qui fragilisent le vivre-ensemble dans l’Est de la RDC.
Au cœur de cette action : la femme, considérée comme actrice clé de la cohésion sociale. Rencontre avec Sœur Aimerance Lujengerhwa, responsable du département.
Promouvoir la tolérance et l’acceptation de l’autre
Pour Sœur Aimerance, l’objectif principal est clair : « conscientiser la femme pour qu’elle comprenne que la cohésion sociale demande la tolérance, l’acceptation de l’autre et l’implication de tout le monde ».
Dans un contexte régional marqué par des tensions sécuritaires persistantes, la campagne vise à promouvoir le meilleur vivre-ensemble entre communautés. « Nous voulons bâtir une société où la paix et l’unité ne sont pas seulement des mots, mais des pratiques quotidiennes », souligne-t-elle.
Les lieux de culte, espaces stratégiques d’influence
Le choix des lieux de culte n’est pas anodin. Mosquées, églises et temples constituent des espaces de rassemblement réguliers, particulièrement fréquentés par des femmes.
« Ce sont des milieux où les femmes sont nombreuses et souvent ciblées par certains messages ou violences. À travers leur implication, nous pouvons observer un véritable changement au sein des communautés », explique la religieuse.
En misant sur ces espaces spirituels, la CDJP entend transformer les prédications et les enseignements religieux en vecteurs de paix et de cohésion sociale.
Une réponse aux violences et aux discours de haine
La campagne intervient dans un climat préoccupant. « Ces derniers temps, nous assistons à des violences physiques et à des messages de haine qui incitent à la violence, surtout dans notre région de l’Est », déplore Sœur Aimerance.
Les stéréotypes et les rumeurs alimentent la méfiance entre communautés. Pour la CDJP, il est urgent de déconstruire ces discours et de promouvoir des valeurs d’amour, de charité et de respect mutuel.
Une mobilisation interconfessionnelle saluée
Selon la responsable, les chefs religieux ont accueilli favorablement cette démarche. Leur rôle sera déterminant : mobiliser les fidèles, mettre à disposition les espaces de rencontre et relayer les messages de paix.
« Ils peuvent accompagner la communauté pour montrer concrètement comment vivre la charité et l’amour dans le Christ », précise-t-elle, tout en soulignant que l’esprit de la campagne dépasse les appartenances confessionnelles.
Vers un changement durable des comportements
Au-delà des rencontres et des messages, la CDJP ambitionne un véritable changement de mentalité. « Nous comptons réaliser un changement de comportement chez les femmes et dans toute la communauté », affirme Sœur Aimerance.
L’impact sera évalué à travers l’évolution des attitudes : rapprochement entre groupes, diminution des discours hostiles et participation active aux initiatives communautaires.
« Les personnes qui ne sont ni formées ni informées sur la cohésion sociale ont souvent peur de se rapprocher. Pourtant, nous pouvons bâtir ensemble la patrie dans la paix et l’unité », conclut-elle.
Par cette campagne interconfessionnelle, qui connait l’appui de CAFOD, la CDJP Bukavu fait montrer que la paix durable passe par l’éducation, la responsabilisation des femmes et l’engagement des leaders religieux. Un message d’espérance dans une région en quête de stabilité.
Benjamin MUKANIRE correspondant DIACENCO dans l’Archidiocèse de Bukavu
