Lubumbashi, le 1er août 2025 ( DIA)– La Commission diocésaine des intellectuels et cadres catholiques de l’archidiocèse de Lubumbashi a organisé, le mercredi 30 juillet 2025, une conférence-débat de haute tenue au Centre pastoral Mgr Jean-Pierre Tafunga. Le thème de cette rencontre : « Faut-il maintenir les filles enceintes à l’école ? Entre droits, valeurs chrétiennes et responsabilités sociales ».
Face à la récente circulaire du ministère de l’Éducation nationale autorisant le maintien des élèves enceintes dans toutes les écoles – y compris catholiques – les participants ont longuement réfléchi aux enjeux éthiques, pédagogiques, juridiques, médicaux et sociétaux soulevés par cette décision.
Des valeurs chrétiennes à préserver dans l’éducation
Dans son mot d’introduction, la Sœur Professeure Cécile Nama, présidente de la Commission, a rappelé le rôle fondamental de l’école catholique dans la transmission des valeurs morales et spirituelles. Elle a exprimé ses inquiétudes :
« Que faire vis-à-vis de cette circulaire ? Nous sommes Africains, Congolais et Congolaises, nous avons des valeurs à préserver. Le règlement d’ordre intérieur dans nos écoles catholiques n’est pas une formalité : il reflète notre vision éducative, fondée sur l’éthique chrétienne. »
Une approche multidisciplinaire : entre compassion, protection et prévention
La Professeure Nathalie Mukadi a rappelé la nécessité de protéger les jeunes filles enceintes sans encourager l’avortement :
« Ce sont des adolescentes vulnérables. Il faut leur apporter assistance et encadrement, pas les exposer à la stigmatisation ni les forcer à choisir des solutions extrêmes. »
Madame Claude Mwanza, Première présidente de la Cour d’appel, a évoqué la dimension juridique :
« Cette circulaire se fonde sur les engagements internationaux de la RDC contre les discriminations. Mais elle doit s’harmoniser avec nos contextes éducatifs spécifiques. »
Des conséquences sociales et psychologiques non négligeables
Pour la Professeure Françoise (sociologue), le droit à l’éducation des filles enceintes ne doit pas ignorer leur situation particulière :
« Comment gérer leur présence en classe sans qu’elles ne se sentent humiliées ? Comment garantir un environnement sain pour elles et pour les autres ? »
La Révérende Sœur, cheffe des Travaux, a insisté sur les mécanismes d’influence sociale :
« Dans un milieu scolaire, l’imitation est puissante. La banalisation de certaines situations pourrait décourager d’autres élèves. Il y a un vrai risque de contagion comportementale. »
De son côté, Madame Jacqueline Muenya, spécialiste en criminologie, a dénoncé le rôle néfaste de certains contenus médiatiques et souligné la responsabilité parentale et sociétale. Sur le plan médical, les intervenants ont également rappelé que les grossesses adolescentes sont souvent à haut risque.
Une majorité des participants désapprouve la circulaire ministérielle
Les travaux en ateliers, réunissant des enseignants, responsables et représentants d’écoles publiques et privées de Lubumbashi, ont abouti à un constat largement partagé :
« La majorité des participants rejettent la mesure du ministère, estimant qu’elle risque de compromettre les valeurs chrétiennes transmises dans les écoles, perturber la vie scolaire, et nuire à la stabilité émotionnelle des élèves concernées. »
Ils plaident plutôt pour des mécanismes de prise en charge alternatifs : centres d’accueil temporaire, encadrement psychologique, suivi médical, et réintégration différée après la maternité, dans le respect des droits de l’enfant… et des exigences de l’éducation chrétienne.
Vers une position ecclésiale concertée ?
À la lumière de cette conférence, la Commission appelle les autorités ecclésiastiques, les parents, les éducateurs et le ministère de l’Éducation à ouvrir un dialogue responsable et contextualisé, afin de concilier la protection des droits des jeunes filles avec la sauvegarde des principes éthiques et moraux qui fondent l’éducation catholique.
Agence DIA/CENCO.